Michel Platini les a ironiquement rebaptisées « pauses publicités ». Au-delà de la pique adressée à la FIFA, la généralisation des pauses fraîcheur lors de la Coupe du monde 2026 pose une question que le football ne pourra plus longtemps contourner : comment continuer à jouer dans un monde qui se réchauffe ?
Tout d'abord, les températures plus élevées ne seront pas sans conséquences sur les organismes. Elles imposeront de repenser certaines habitudes : préparation et acclimatation des joueurs, hydratation, récupération, gestion de l'effort et surtout, horaires des rencontres. Jouer en plein après-midi sous une chaleur extrême parce que le créneau convient aux diffuseurs deviendra de plus en plus difficile à justifier. Ne serait-ce que pour le spectacle et la performance sportive que des organismes surchauffés sont (ou ne sont pas) capables de produire sous des chaleurs intenses.
Par ailleurs, la réponse au réchauffement ne peut pas consister en la généralisation des stades fermés et climatisés. Dépenser toujours davantage d'énergie pour recréer artificiellement des conditions climatiques favorables à la pratique du football est dénué de sens.
Le stade de demain devra être pensé avec son climat : orientation et protections contre le soleil, ventilation naturelle, matériaux limitant l'accumulation de chaleur, végétalisation, production d'énergie renouvelable, sobriété dans l'éclairage comme dans la climatisation. L'UEFA a d'ailleurs commencé à intégrer ces préoccupations dans ses recommandations relatives aux infrastructures durables. Et l'enjeu ne concerne pas seulement les nouveaux stades : rénover intelligemment l'immense parc existant sera probablement plus important encore que construire quelques enceintes exemplaires.
Quelques réalisations montrent déjà ce que cette évolution peut signifier concrètement. À Nice, l'Allianz Riviera est présentée par l'UEFA comme un exemple d'infrastructure conçue selon des principes environnementaux : panneaux photovoltaïques, récupération des eaux permettant de couvrir l'essentiel des besoins d'arrosage de la pelouse, pompes à chaleur géothermiques et ventilation naturelle utilisant les courants d'air de la vallée.
À Strasbourg, le projet de rénovation et d'extension de la Meinau place l'économie circulaire au cœur de sa conception. Il privilégie la transformation d'une enceinte existante plutôt que son remplacement et prévoit le réemploi de matériaux. L'une des réalisations les plus originales concerne la façade de la nouvelle tribune sud : des sections de fuselage d'anciens Airbus A340 sont réemployées sous la forme de panneaux brise-soleil.
Ces exemples dessinent une autre voie que celle du stade intégralement fermé et refroidi artificiellement : adapter l'architecture au climat plutôt que demander toujours davantage d'énergie pour adapter le climat au football. La question devra désormais être prise en compte dès le cahier des charges des nouvelles enceintes, mais aussi lors de la rénovation des stades existants.
Enfin, si l'on conçoit le football comme une école de l'intégration, de la formation et de la responsabilisation des individus, alors il ne faudra pas demander seulement aux joueurs ou aux architectes de s'adapter. Supporters, clubs, ligues et organisateurs doivent aussi interroger leurs habitudes : déplacements de dizaines de milliers de personnes pour des compétitions organisées à l'autre bout du monde, tournées estivales des grands clubs européens à travers le globe, modes de déplacement pour les matchs, multiplication des rencontres et infrastructures surdimensionnées, etc.
Le changement climatique modifie nécessairement notre manière de regarder, d'organiser et de pratiquer le football. Reste à choisir entre deux adaptations : consommer davantage d'énergie pour que rien ne change, ou accepter d'adapter le football pour qu'il puisse continuer à se jouer.
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